En France, la pression fiscale sur les entreprises reste élevée et chaque pourcentage d’impôt économisé peut faire la différence entre un business qui survit et un business qui se développe. Pourtant, beaucoup de dirigeants confondent encore optimisation fiscale, bricolage comptable et prise de risque inutile. L’enjeu n’est pas de “tricher”, mais d’utiliser de façon intelligente les dispositifs déjà prévus par la loi : crédits d’impôt, choix de structure, gestion de la TVA, zones d’implantation, planification dans le temps. Une entreprise qui maîtrise ces leviers attire plus facilement les financements, protège sa trésorerie et peut réinvestir ses marges dans la croissance plutôt que de les laisser filer en impôts évitables.
Sur le terrain, l’optimisation fiscale légale est souvent ce qui permet de financer un recrutement clé, un nouvel outil ou une campagne marketing structurante sans mettre la trésorerie à genoux. L’article L64 du Livre des procédures fiscales encadre clairement la frontière entre optimisation et abus de droit : organiser sa structure pour réduire sa charge fiscale est autorisé, à condition qu’il existe une substance économique réelle et une cohérence avec le modèle d’affaires. Autrement dit, le fisc sanctionne les montages artificiels, pas les choix stratégiques assumés. L’objectif est donc simple : comprendre les 5 leviers d’optimisation fiscale légale les plus efficaces, voir comment les appliquer dans une PME ou une structure indépendante, et savoir où se situe la ligne rouge à ne pas franchir.
En bref :
- L’optimisation fiscale légale consiste à utiliser les règles existantes (CIR, CII, amortissements, TVA, structures de groupe) pour réduire la charge d’impôt, sans tomber dans la fraude ni l’abus de droit.
- Les charges déductibles et les provisions sont un premier levier puissant, à condition de rester cohérent avec la réalité économique et la réglementation.
- Une gestion fine de la TVA (exonérations, régimes spéciaux, remboursements, TVA sur la marge) permet de protéger la trésorerie et d’éviter de financer gratuitement l’État.
- Les incitations fiscales à l’investissement (CIR, CII, amortissements accélérés, zones franches) financent une partie de la R&D, du numérique ou de l’implantation territoriale.
- La structuration juridique (holding, intégration fiscale, répartition des activités, gestion des taxes locales) reste un levier central pour les groupes, même de petite taille.
- Enfin, une planification fiscale sérieuse, appuyée sur une veille et le rescrit fiscal, permet de sécuriser les choix et d’éviter les mauvaises surprises au contrôle.
Optimisation fiscale légale : comprendre le cadre et poser les bonnes limites
Avant de parler leviers concrets, il faut clarifier le terrain de jeu. L’optimisation fiscale légale n’a rien à voir avec les montages exotiques dans des paradis fiscaux sans activité réelle. Elle repose sur un principe simple reconnu par le Conseil d’État : tout contribuable a le droit d’organiser ses affaires de manière à payer le moins d’impôt possible, tant qu’il respecte la lettre et l’esprit de la loi. Ce principe est au cœur de toute stratégie sérieuse d’optimisation fiscale d’entreprise.
La frontière se situe au niveau de l’abus de droit, encadré par l’article L64 du Livre des procédures fiscales. L’administration peut requalifier une opération si elle estime que son but est exclusivement fiscal, sans justification économique crédible. Dans ce cas, elle réintègre les montants en base imposable, applique des intérêts de retard et des majorations pouvant aller jusqu’à 80 %. C’est pour cette raison que chaque levier doit reposer sur une logique business solide, documentée, compréhensible par un contrôleur.
Un exemple concret : une petite société de conseil crée du jour au lendemain une holding à l’étranger, sans personnel ni activité réelle, uniquement pour faire remonter des dividendes avec une fiscalité plus douce. La structure existe juridiquement, mais pas économiquement. En cas de contrôle, la probabilité de requalification est forte. À l’inverse, une holding française créée pour regrouper plusieurs filiales, centraliser la trésorerie, structurer les participations et bénéficier du régime mère-fille s’inscrit dans une logique opérationnelle claire. Le gain fiscal est un effet collatéral légitime.
Dans la pratique, les dirigeants ont intérêt à articuler leur stratégie fiscale avec leurs autres décisions structurantes : choix du statut au démarrage, modèle économique, stratégie de croissance, projet de revente. Un entrepreneur qui démarre avec une micro-entreprise pour tester un marché ne se pose pas les mêmes questions qu’une PME qui prépare une levée de fonds. C’est aussi pour cela qu’il est pertinent de combiner une réflexion sur la création d’entreprise rentable, comme évoqué sur cette ressource consacrée aux petites structures, avec une réflexion fiscale dès le départ.
Dans le même esprit, comprendre la fiscalité globale des entreprises reste indispensable. Les taux officiels d’impôt sur les sociétés peuvent sembler acceptables, mais la réalité inclut la TVA, la CET, les taxes spécifiques par secteur, les charges sociales sur les rémunérations du dirigeant, etc. Un bon point de départ consiste à cartographier l’ensemble des prélèvements, ce que détaille par exemple un panorama comme cette analyse sur la fiscalité des entreprises. À partir de là , les 5 leviers d’optimisation prennent tout leur sens.
Pour ancrer ces notions, imaginons Lina, dirigeante d’une agence digitale de dix personnes. Elle paie son IS, la TVA, la CFE, gère un début de structure de groupe avec une filiale de production et se demande comment financer l’embauche de deux profils seniors. Son enjeu n’est pas de trouver un “trou dans la raquette fiscale”, mais de récupérer partout où la loi le permet : crédits d’impôt pour ses projets d’IA interne, meilleure gestion de ses charges déductibles, optimisation de la TVA sur ses investissements. L’optimisation devient un outil de gestion, pas une manœuvre cachée.
Au final, la vraie question est la suivante : votre structure paie-t-elle exactement ce qu’elle doit, ni plus, ni moins ? C’est ce cadre qui permet ensuite de déployer les autres leviers avec sérénité.

Premier levier : charges déductibles, provisions et gestion fine du résultat imposable
Premier réflexe d’optimisation fiscale : regarder ce qui sort légalement du résultat imposable. Trop d’entreprises laissent passer des dépenses déductibles ou gèrent mal leurs provisions, et se retrouvent à payer l’impôt sur des bénéfices qui, dans les faits, ne correspondent pas à un cash réellement disponible. C’est particulièrement vrai dans les structures où le dirigeant pilote encore la comptabilité “à vue”.
Une charge est déductible si elle est engagée dans l’intérêt de l’entreprise, justifiée, comptabilisée et appuyée par une facture conforme. Dans la pratique, beaucoup de dirigeants sous-estiment ce qu’ils peuvent déduire : certains frais de déplacement, abonnements logiciels, accompagnement juridique, coûts de formation ou de conseil stratégique. Une revue régulière de la structure de coûts, en s’inspirant notamment de ressources comme ce guide détaillant les charges à déduire, permet souvent de récupérer plusieurs points d’IS sans changer d’activité.
Les provisions sur charges forment un autre levier. Lorsqu’une entreprise anticipe une dépense probable, liée à un risque identifié (litige en cours, gros entretien d’un matériel, indemnités de licenciement prévisibles, dépréciation d’un stock), elle peut provisionner cette charge et réduire son résultat imposable dès l’exercice concerné. Attention toutefois : ces provisions doivent être sérieusement justifiées. Un courrier d’avocat, un contrat, une échéance légale ou un devis détaillé constituent des éléments solides. Une “provision pour coup dur vague” sans base précise sera vite retoquée en cas de contrôle.
Pour Lina et son agence, cela peut signifier par exemple de provisionner une mise à niveau logicielle coûteuse déjà programmée contractuellement avec un éditeur, ou un contentieux client déjà notifié par recommandé. L’objectif n’est pas de gonfler artificiellement les charges, mais d’aligner fiscalité et réalité économique. L’administration surveille de près les provisions abusives, mais valide les montants proportionnés et bien documentés.
Autre levier souvent négligé : différencier correctement les dépenses qui doivent être immobilisées et amorties de celles qui peuvent être passées directement en charges. Un investissement matériel ou logiciel significatif va être amorti sur plusieurs années, ce qui lisse l’impact fiscal dans le temps. Certains dispositifs d’amortissement accéléré ou exceptionnel permettent néanmoins de déduire plus vite ces investissements, par exemple pour des équipements liés à la transition énergétique ou à la transformation numérique.
Pour y voir clair, il est utile de structurer une grille de lecture simple :
| Type de dépense | Traitement fiscal classique | Impact sur le résultat imposable |
|---|---|---|
| Achat de fournitures courantes | Charge immédiate | Réduction totale du résultat l’année d’achat |
| Logiciel SaaS par abonnement | Charge mensuelle ou annuelle | Réduction progressive du résultat |
| Licence logicielle perpétuelle importante | Immobilisation + amortissement | Réduction étalée sur plusieurs années |
| Provision pour litige client documenté | Provision déductible | Réduction immédiate du résultat, sous conditions |
Ce tableau montre que l’optimisation ne se joue pas qu’au niveau des montants, mais aussi au niveau des choix de classification comptable. Une même dépense peut impacter très différemment le résultat imposable selon qu’elle est considérée comme charge, immobilisation ou provision. L’enjeu pour le dirigeant est d’anticiper ces effets, plutôt que de les subir une fois le bilan bouclé.
Enfin, une bonne gestion des charges passe par une vision claire des marges et du modèle économique. Avant de chercher des montages sophistiqués, il reste crucial de vérifier que le business est sain : marges cohérentes, structure de coûts maîtrisée, capacité à générer un cashflow positif. Les vrais gains fiscaux viennent d’abord d’une entreprise rentable qui sait ce qu’elle fait entrer et sortir, pas de “trucs” opaques. Une fois ce socle posé, les autres leviers deviennent vraiment efficaces.
Comprendre ces mécaniques prépare le terrain pour un autre levier très sous-estimé : la TVA.
Deuxième levier : optimisation de la TVA et protection de la trésorerie
La TVA n’est pas, en théorie, une charge pour l’entreprise. Elle joue un rôle d’intermédiaire : collecte la TVA sur les ventes, déduit la TVA sur les achats, reverse la différence à l’État. Dans la pratique, une gestion approximative transforme souvent cette taxe en poids réel sur la trésorerie. Optimiser la TVA, ce n’est pas “échapper” à l’impôt, c’est éviter de financer inutilement l’administration fiscale.
Premier axe : utiliser correctement les exonérations de TVA prévues par la loi. Certaines opérations sont exonérées : livraisons intracommunautaires, exportations hors UE, opérations bancaires et financières, assurances. Une entreprise qui vend à l’international et qui facture avec TVA par réflexe sur des opérations exonérées se place en position délicate. Non seulement elle risque des rectifications, mais elle devient moins compétitive que ses concurrents qui appliquent les bons régimes.
Deuxième axe : vérifier si certaines activités peuvent bénéficier d’un taux de TVA réduit. Dans quelques secteurs (bâtiment, culture, restauration, services à la personne, par exemple), le choix de la structuration des offres, la rédaction des contrats ou la séparation des prestations peuvent influer sur le taux applicable. Parfois, une relecture fine des contrats suffit à sortir une partie des opérations du taux normal, dans le respect total de la réglementation.
Troisième axe : exploiter les régimes spéciaux de TVA. Les agriculteurs, par exemple, peuvent bénéficier d’un régime forfaitaire, tandis que le régime simplifié permet de déclarer et payer la TVA de façon allégée pour certains seuils de chiffre d’affaires. Ce n’est pas seulement un sujet administratif : un régime adapté peut réduire les coûts de conformité et faciliter le pilotage de trésorerie.
Un point souvent oublié : la TVA sur les achats amortissables et les véhicules utilitaires. Quand une entreprise investit dans du matériel, elle récupère la TVA payée, ce qui réduit d’autant l’effort financier net. Pour les véhicules utilitaires, la TVA sur le carburant et parfois sur les loyers de leasing peut être récupérée. Là encore, la clé est de distinguer clairement usage professionnel et usage privé, et de choisir les bons types de véhicules au moment de l’investissement.
Pour les entreprises qui revendent des biens d’occasion, le régime de TVA sur la marge est un autre levier. Au lieu d’appliquer la TVA sur le prix total de revente, elle ne s’applique que sur la marge réalisée. Une société de reconditionnement de matériel informatique, de véhicules d’occasion ou d’objets de luxe peut ainsi alléger la TVA collectée tout en restant parfaitement dans le cadre légal.
Enfin, la gestion des crédits de TVA est un sujet majeur de trésorerie. Attendre un remboursement annuel peut bloquer des sommes importantes. Dans certains cas, des remboursements mensuels ou trimestriels sont possibles, à condition de mettre en place une organisation solide. Cela suppose un suivi serré des déclarations et une bonne qualité des pièces justificatives. Pour des entreprises en forte phase d’investissement, ce simple changement de cadence peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros à court terme.
Dans un environnement où la productivité et l’automatisation deviennent centrales, il peut être pertinent d’intégrer des outils d’IA pour fiabiliser les déclarations et détecter les anomalies de TVA. Des ressources comme cette analyse sur l’IA au service des dirigeants montrent comment la technologie peut sécuriser et accélérer ces processus, sans remplacer le jugement humain ni l’avis du fiscaliste.
En résumé, la TVA n’est pas un impôt que l’on subit passivement. C’est un flux à piloter, avec des règles, des régimes, des marges de manœuvre. Une entreprise qui maîtrise ces mécanismes se donne de l’oxygène pour attaquer des leviers plus structurants.
Une fois la TVA sous contrôle, le terrain est prêt pour les dispositifs les plus puissants : crédits d’impôt et incitations à l’investissement.
Troisième levier : crédits d’impôt, amortissements accélérés et zones d’implantation
Le troisième levier d’optimisation fiscale légale repose sur les incitations fiscales à l’investissement. L’État ne se contente pas de taxer, il oriente aussi le comportement des entreprises via des crédits d’impôt, des régimes d’amortissement spécifiques et des avantages liés au territoire. Ignorer ces dispositifs, c’est renoncer à des subventions déguisées.
Le Crédit d’Impôt Recherche (CIR) reste l’exemple le plus connu. Une entreprise qui investit dans des projets de R&D peut obtenir un crédit d’impôt proportionnel à ses dépenses éligibles. Cela inclut souvent les salaires de chercheurs, certains frais de sous-traitance, et des dotations aux amortissements sur le matériel dédié. Pour les PME qui développent des produits ou services innovants sans rentrer dans une R&D “lourde”, le Crédit d’Impôt Innovation (CII) peut prendre le relais, avec des critères ajustés.
Pour Lina, qui développe un outil interne basé sur l’IA pour optimiser la production de contenus, qualifier une partie de ce projet en R&D ou en innovation peut financer une portion significative des salaires impliqués. Là encore, la clé, c’est la documentation : état de l’art, description des verrous technologiques, suivi des temps passés, contrats de sous-traitance. Ce sont ces éléments qui feront la différence lors d’un contrôle.
Au-delà des crédits d’impôt, les amortissements accélérés ou exceptionnels permettent de déduire plus rapidement certains investissements. L’idée est simple : plutôt que d’étaler la déduction sur toute la durée d’usage, la loi permet, pour certains actifs, de concentrer une partie de l’amortissement sur les premières années. C’est particulièrement intéressant pour des équipements liés à la numérisation, à l’industrie 4.0 ou à la transition verte, domaines que les pouvoirs publics cherchent à encourager.
Le territoire constitue un autre paramètre puissant. Certaines zones comme les Zones de Revitalisation Rurale (ZRR), les zones d’aide à finalité régionale ou d’autres dispositifs territoriaux offrent des exonérations temporaires d’impôt sur les bénéfices, voire de cotisations sociales, sous conditions de localisation et d’effectif. Implanter un site secondaire, un centre de production ou une filiale dans ces zones n’est pas qu’une décision immobilière : c’est une décision fiscale structurante.
Pour garder une vue d’ensemble des principaux leviers d’investissement, il est utile de raisonner en termes de stratégie globale : où investir, quand, avec quels dispositifs, et dans quelle perspective de rentabilité. Un dirigeant qui suit les tendances business à moyen terme et les mouvements d’investissement intelligents aura plus de facilité à faire coïncider ses ambitions avec les incitations fiscales disponibles.
Pour ne pas se perdre, une bonne pratique consiste Ă lister les projets Ă horizon 12-36 mois et Ă les passer au crible fiscal :
- Projet produit / tech : vérifier éligibilité CIR/CII, amortissement accéléré, aides innovation.
- Projet immobilier / implantation : analyser zones aidées, exonérations potentielles de CET et d’IS.
- Projet de modernisation d’outils : regarder les régimes d’amortissement exceptionnel et les subventions régionales.
Cette méthode transforme l’optimisation fiscale en outil de priorisation des investissements. Les projets qui cochent à la fois les cases business (rentabilité, positionnement, avantage compétitif) et fiscales (crédits d’impôt, amortissements, zones aidées) deviennent naturellement prioritaires. On ne choisit plus un projet parce qu’il “plaît”, mais parce qu’il crée un maximum de valeur nette après impôt.
Au bout de ce troisième levier, une évidence ressort : l’optimisation fiscale la plus forte est celle qui accompagne une stratégie de croissance claire. L’impôt devient alors une variable à piloter, pas une fatalité.
Quatrième levier : structuration juridique, holding et optimisation des impôts locaux
Quand le business prend de l’ampleur, la forme de la structure compte autant que le fond. Une entreprise peut rester juridiquement simple tout en devenant fiscalement inefficace. C’est là qu’intervient le quatrième levier : la structuration juridique et organisationnelle. Pour un groupe de sociétés, même modeste, la façon dont les entités sont reliées, facturent entre elles et remontent le cash peut faire gagner ou perdre des dizaines de milliers d’euros d’impôt par an.
Le régime d’intégration fiscale permet à une société mère de consolider les résultats de ses filiales et de ne payer l’impôt que sur le résultat global du groupe. Les pertes d’une filiale peuvent ainsi compenser les bénéfices d’une autre. Ce régime, prévu par le Code général des impôts, est particulièrement intéressant pour les groupes diversifiés ou en phase de croissance, où certaines entités sont en forte rentabilité tandis que d’autres sont encore en phase de montée en puissance.
La holding joue ici un double rôle : outil de gouvernance et levier fiscal. Grâce au régime mère-fille, les dividendes versés par les filiales à la holding sont quasi exonérés d’impôt (hors quote-part de frais et charges), ce qui facilite la remontée de cash pour financer de nouveaux projets ou des acquisitions. La holding peut également porter des actifs stratégiques (marque, immobilier, logiciels) et les louer aux filiales, dans des conditions de marché documentées. Ce type de schéma doit être construit avec sérieux pour éviter tout soupçon de montage artificiel.
La question des impôts locaux ne doit pas être oubliée. La Contribution Économique Territoriale (CET), composée de la CFE et de la CVAE, repose sur des bases parfois mal comprises par les dirigeants. Une révision de la valeur locative des locaux, une vérification des surfaces déclarées, ou une nouvelle répartition géographique des activités entre établissements peuvent réduire la facture. Certaines communes proposent aussi des exonérations temporaires pour l’installation d’activités industrielles ou tertiaires ciblées.
Dans la même logique, la taxe foncière peut parfois être optimisée par une demande de révision ou par la mise en évidence d’équipements industriels spécifiques bénéficiant de régimes favorables. Ce sont des sujets techniques, mais l’enjeu est concret : payer la juste part, en utilisant toutes les règles prévues. Un dirigeant qui suit de près l’actualité de la fiscalité des entreprises sait que ces taxes locales évoluent régulièrement, souvent à la marge, mais avec un impact cumulé significatif.
Pour les groupes qui se développent par croissance externe ou diversification, ces choix structurels s’insèrent dans une logique de stratégie long terme : quel modèle économique, quelle politique de rachat ou de revente, quelle cible de rentabilité ? Des ressources spécialisées en leviers d’optimisation fiscale peuvent aider à croiser ces dimensions pour bâtir un ensemble cohérent. Là encore, l’optimisation n’est pas une couche ajoutée a posteriori, mais un critère intégré dans chaque décision structurante.
La conclusion de ce quatrième levier est simple : une bonne structure juridique ne se voit pas sur un organigramme, elle se ressent dans les marges, la trésorerie et la capacité du groupe à financer sa croissance sans étouffer sous les impôts locaux et les frottements fiscaux internes.
Cinquième levier : planification fiscale, veille et sécurisation des choix
Dernier levier, souvent le moins “sexy” mais probablement le plus déterminant sur la durée : la planification fiscale. Beaucoup d’entreprises vivent la fiscalité comme un événement subi une fois par an, au dépôt de la liasse. Résultat : aucune anticipation, des décisions à chaud, et la sensation permanente de courir après les échéances. À l’inverse, une entreprise qui planifie sa fiscalité sur 2 à 3 ans transforme l’impôt en variable stratégique.
La première brique, c’est la veille fiscale. Chaque loi de finances modifie des paramètres : taux, seuils, dispositifs créés ou supprimés. Certaines mesures ouvrent des fenêtres d’opportunité temporaires pour investir, réorganiser un groupe ou basculer vers un nouveau régime. Sans veille, ces opportunités passent sous le radar. Avec une veille structurée, elles deviennent des leviers d’action. C’est aussi ce qui permet de rester aligné avec les nouvelles normes internationales, comme les mesures de lutte contre l’érosion de la base d’imposition (BEPS).
La deuxième brique, c’est la sécurisation des positions fiscales. Quand une opération est complexe (restructuration de groupe, cession partielle, mise en place d’un montage particulier), recourir au rescrit fiscal (article L80 B du LPF) permet de demander à l’administration sa position sur le traitement envisagé. C’est une sorte de “filet de sécurité” : si l’administration valide, elle ne pourra pas reprocher ultérieurement une interprétation différente, tant que les faits n’ont pas changé. Cela demande du travail en amont, mais c’est souvent le coût de la tranquillité.
La troisième brique, c’est l’anticipation des contrôles fiscaux. En pratique, le contrôle n’est pas un hasard complet : taille de l’entreprise, secteur, signaux remontés par les déclarations, incohérences apparentes. Préparer dès maintenant la documentation sur les prix de transfert, les management fees, les choix de provisions, c’est éviter les nuits blanches au moment du contrôle. Un dossier solide, cohérent avec la réalité opérationnelle, inspire confiance et limite le risque de redressement agressif.
Enfin, certains dispositifs comme la « relation de confiance » proposée par l’administration permettent à des entreprises d’instaurer un dialogue plus régulier et transparent avec le fisc, en échange d’une plus grande ouverture sur leurs comptes et leurs schémas. Ce type de partenariat ne convient pas à toutes les structures, mais il illustre bien l’évolution du jeu : la fiscalité se gère de moins en moins dans l’ombre, et de plus en plus dans un cadre de transparence assumée.
Une planification fiscale bien menée repose sur une feuille de route claire : quels objectifs de rentabilité, quels projets structurants, quels risques à maîtriser ? Au fond, c’est la même logique que pour la stratégie business : comprendre avant d’agir, tester avant de généraliser, documenter plutôt que bricoler. Et se rappeler qu’un montage fiscal n’a de valeur que s’il sert une stratégie d’entreprise solide, lisible et durable.
Quelle est la différence entre optimisation fiscale et fraude fiscale ?
L’optimisation fiscale utilise les règles prévues par la loi pour réduire la charge d’impôt (crédits d’impôt, amortissements, choix de structure, dispositifs territoriaux). La fraude fiscale consiste à dissimuler des revenus, créer de fausses charges ou utiliser des montages purement artificiels pour échapper à l’impôt. Dans le premier cas, la démarche est légale ; dans le second, elle est réprimée pénalement et financièrement.
Les petites entreprises peuvent-elles vraiment optimiser leur fiscalité ?
Oui. Même une micro-entreprise ou une petite société peut agir sur ses charges déductibles, ses investissements, la TVA, le choix de son statut et le niveau de rémunération du dirigeant. L’enjeu est d’adapter les leviers à la taille du business et à son modèle économique, plutôt que de copier les schémas des grands groupes.
Faut-il forcément une holding pour optimiser sa fiscalité ?
Non, la holding est un outil parmi d’autres. Elle devient pertinente lorsqu’il existe plusieurs activités, filiales ou projets de reprise / revente à structurer. Pour une entreprise unique, d’autres leviers (choix du régime d’imposition, crédits d’impôt, gestion de la TVA, amortissements) sont souvent plus prioritaires. La holding se justifie quand elle a un vrai rôle économique et stratégique.
Comment sécuriser une stratégie d’optimisation fiscale ?
La sécurisation passe par trois éléments : une logique économique réelle (la structure doit avoir un sens business), une documentation solide (contrats, analyses, justificatifs) et, pour les opérations complexes, le recours au rescrit fiscal ou à un conseil spécialisé. L’objectif est que chaque choix puisse être expliqué et compris par un contrôleur.
Ă€ partir de quel moment faut-il se faire accompagner par un fiscaliste ?
Dès que les montants en jeu deviennent significatifs ou que les opérations sortent du cadre courant : création d’un groupe, acquisition d’entreprise, mise en place de management fees, recours à des dispositifs comme le CIR/CII, implantation dans une zone aidée. L’accompagnement a un coût, mais il se finance souvent par les économies fiscales sécurisées et par la réduction du risque de redressement.


